Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 Vous aimez mon site? 

 
 
 
    Merci beaucoup.     

Regagnons les 23.100 fans...

Suivre Maître Zen

Pour m'aider à continuer de faire vivre ce site

Archives

Playlist Musique Zen 

D'où viennent mes visiteurs..?

 

free counters

 

 

Abonnez-vous :

Cliquer sur le bouton et inscrire votre e-mail


 

 livredor.gif

Signez mon livre d'or!

Publié par Maître ZEN

Claire, 42 ans, vient de s’offrir le dernier livre de Fabrice Midal, Foutez-vous la paix ! Et commencez à vivre. Elle a « immédiatement flashé sur le titre. Jubilatoire », avoue-t-elle avec un grand sourire. Et le feuilletage a confirmé sa décision : « Quand je suis tombée sur le chapitre “Cessez d’être calme”, ça m’a fait comme un appel d’air. Depuis des années, j’essaie d’être zen en toutes circonstances et avec tout le monde, et j’avoue que j’en ai un peu marre de constamment prendre sur moi. J’ai besoin et envie de moins me mettre la pression et de m’écouter davantage. »

Au rayon développement personnel d’une grande librairie, Mathias, 30 ans, lit la quatrième de couverture de F*ck la gentillesse, manuel de survie quand on est trop bon (trop con ?) de Michael et Sarah Bennett. Il ne sait pas encore s’il va l’acheter, mais « le propos [lui] parle », comme il dit en hochant la tête, un peu gêné. Deux piles de livres plus loin, La Magie du j’en ai rien à f**tre ! côtoie De la joie d’être bordélique, l’anti-art du rangement, présenté comme la parodie du best-seller de Marie Kondo, La Magie du rangement. Une femme d’une cinquantaine d’années est plongée dans Rien à battre ! Pour en finir avec la mauvaise conscience. « Les régimes, le yoga, la méditation… À croire que si on ne fait pas tout ça, on ne peut pas être heureux. C’est fou, non ? » interroge-t-elle sans attendre de réponse.

 

Ralentir la cadence, oui…

Un vent de fronde soufflerait-il sur les eaux paisibles du développement personnel ? Une décennie d’invitations – voire d’injonctions – à ralentir, lâcher prise, se concentrer, se centrer, méditer commencerait-elle à peser sur les épaules des chercheurs de sérénité et de bonheur que nous sommes tous, peu ou prou ? Dissipons d’emblée toute méprise. Il ne s’agit pas ici de se moquer ou de rejeter le courant qui fait l’éloge de la lenteur, de la sérénité, et nous invite à nous alléger d’un stress rongeant nos esprits et nos corps. Nous faisons tous ce constat : dans nos vies, tout va trop vite. S’accorder des pauses, ralentir la cadence, prendre du temps pour soi est indispensable. Pour la psychiatre Stéphanie Hahusseau, auteure d’Un homme, un vrai, dissiper les malentendus émotionnels hommes-femmes (Odile Jacob), la promotion du calme, du détachement émotionnel et du lâcher-prise est « représentative de la schizophrénie de nos sociétés où l’on prescrit des solutions tout en continuant à faire l’apologie de la performance, de la compétition et de l’information en continu ».

Un point de vue qu’est loin de réfuter Jacques Arènes, auteur de Questions de vie, un psy face aux détresses d’aujourd’hui (Points) : « Notre rapport au temps est celui de la dévoration. Nous vivons dans une tension continuelle qui nous fait rechercher des techniques pour prendre du recul, pour simplement tenir le coup et repartir dans la course. » Mais le psychanalyste différencie proposition d’outils « aidants » et discours de type « philosophie de vie », qui fait du calme un nouveau dogme. « Je ne suis évidemment pas “contre le calme/pour l’agitation et le stress”, mais lorsqu’une proposition devient une tendance dominante et s’impose comme une règle de vie, elle produit des effets pervers. Il y a des moments où le calme est précieux, régénérant, et d’autres fois où il n’est tout simplement pas possible. Et vouloir atteindre un état sans y parvenir ou vouloir le conserver est générateur d’angoisse et d’autodévalorisation. »

 

… mais sans forcer sa nature

Marie-Louise, 38 ans, professeure d’anglais, a essayé plusieurs techniques pour « se calmer et se centrer ». En vain. Ni le qi gong, « mortellement ennuyeux », ni la visualisation, « compliquée », ne sont venus à bout de son hyperactivité. « C’est mon médecin homéopathe qui m’a rassurée et décomplexée, en me disant que j’idéalisais le calme, et qu’en réalité j’espérais atteindre un état qui me permettrait de me délester de ma culpabilité de perfectionniste. Il a ajouté que je devais accepter mes limites, mes failles, et porter ma conscience sur ce que mon énergie générait de positif pour moi et autour de moi. » Car là est l’enjeu : ne pas forcer sa nature en essayant d’entrer dans des moules, trop petits ou trop grands.

Osons le dire, aucun thérapeute sérieux ne peut faire du calme une finalité. Ce serait contraire à ce que l’on connaît du psychisme humain. « C’est un idéal illusoire, inaccessible, confirme Stéphanie Hahusseau. L’humain est physiologiquement et psychiquement “intranquille”. Nous abritons en nous des pulsions, des conflits. Nous nous savons mortels. Comment être tranquille avec cette certitude ? » Même évidence pour Jacques Arènes : « Le conflit fait partie du fonctionnement psychique. Le désir est par essence conflictuel. Il est dangereux d’espérer échapper à la conflictualité interne. Le principe de plaisir ne cessant de s’opposer au principe de réalité, notre vie se passe à essayer de trouver des solutions, des compromis, des équilibres forcément instables. »

Marre de la zenitude?

Débrancher ? Pour quoi faire ?

Sans compter que certains tempéraments sont moins disposés à la « zen attitude » que d’autres : les hyperactifs, mais aussi les créatifs, toujours sur le pont, les natures « physiques », qui ont besoin de se dépenser, et les personnes à haut potentiel ou surdouées, vouées à une hyperactivité cérébrale permanente. Et puis il y a les névrosés ordinaires qui jouissent du « multi-tâchisme », se délectent des angoisses mineures qui font barrage à d’autres plus conséquentes, et adorent ne pas avoir une minute pour eux. Tous ceux-là – et ils sont très nombreux – ont mille raisons de se hérisser ou de s’angoisser quand on leur demande de déconnecter. Ainsi Marie, 47 ans, relève ses mails professionnels quand elle est en vacances et répond à ceux qui lui semblent importants. « Beaucoup me font remarquer – pour mon bien, pensent-ils – que je devrais “débrancher”, ce qui m’agace prodigieusement. Certains diront que je ne veux ou ne peux pas lâcher prise, d’autres que je suis anxieuse. Moi, je vois une autre explication. Mon travail n’est pas une corvée, mais un vrai plaisir. Autrement dit, le calme est une notion toute relative : ce qui me calme, moi, c’est de continuer à faire tourner la machine, même si c’est au ralenti. »

Jacques Arènes comme Stéphanie Hahusseau distinguent l’intranquillité d’un tempérament et celle qui naît de l’angoisse ou de la culpabilité. Cette intranquillité, pour inconfortable qu’elle soit, est utile. « Elle est comme un radar interne qui nous dit que quelque chose ne va pas, qu’il faut comprendre ce qui se passe pour rétablir l’équilibre », détaille le psychanalyste. Parfois, il vaut même mieux ne pas tenter de calmer la tempête, profiter de son énergie. Il rappelle que « le stress, l’angoisse peuvent aussi être utiles dans la prise de décision ». Virginie, 46 ans, se souvient que c’est au milieu d’une tempête de stress professionnel qu’elle s’est résolue à quitter son entreprise : « À froid, je n’aurais peut-être pas eu ce courage, j’aurais rationalisé ou je serais tombée en dépression », conclut-elle cinq ans plus tard. Pourtant, son entourage lui conseillait alors de prendre du recul, d’apprendre à gérer son stress pour tenir le coup. C’est sans doute dans la sphère professionnelle que le calme forcé ou les invitations appuyées à la zénitude créent le plus de frustrations et de violence larvée. Danièle Linhart, auteure de La Comédie humaine du travail (Érès), dénonce le « cool management », souriant et décontracté. Selon la sociologue, l’emprise sur les collaborateurs ne passe plus par la seule organisation des tâches, mais « par l’exercice et la mise en place de techniques séduisantes (coaching, gestion du stress, aménagement “ludique” des bureaux…), de manière à les faire adhérer aux modalités de travail voulues par l’employeur. En retour, ils doivent être cool et ne pas faire de vague ».

 

Trouver son calme “juste”

On comprend que, dans ce contexte, les critiques frontales et les conflits soient en général vus d’un mauvais œil et qu’il vaille mieux ravaler sa colère. Mais ce refoulement à un prix : en internalisant le conflit, le salarié livre combat à l’intérieur de lui-même. « C’est ainsi que l’on va au burn-out, constate Anne-Marie Benoît, psychanalyste et psychothérapeute. Ce n’est pas toujours l’excès de travail qui y conduit, mais l’effort surhumain pour s’adapter à une situation difficile ou injuste, en gardant le contrôle et le sourire, jusqu’au moment où ça craque. » Charles Rojzman, auteur de Bien vivre avec les autres (Larousse), qui a créé et développé le concept de thérapie sociale, postule que la violence que nous vivons dans nos sociétés et dans nos relations interpersonnelles provient en grande partie du fait que nous n’avons pas appris à entrer en conflit. Or, pour lui, le conflit est une manière de rencontrer l’autre; et l’éviter nous empêche d’entrer en contact avec son humanité, ce qui est générateur de violence.

« Dans le monde du travail, l’éloge du calme, de la sérénité, de la positivité sert à éviter la conflictualité du social, souligne Jacques Arènes. Le professionnel est ramené à des variables psychologiques, à de la communication. » Frédéric, 29 ans, ingénieur dans l’agroalimentaire, a remis en question le nouveau mode d’organisation de son service, contre-productif en termes de gestion du temps et de l’information. « Le directeur de mon service m’a reproché vertement de ne pas avoir l’esprit d’équipe, et comme je me suis un peu emporté – mais vraiment “un peu” – au cours de la discussion, il m’a dit que mon comportement n’était pas acceptable. J’ai halluciné, j’avais l’impression d’être au collège dans le bureau du directeur ! Il avait beau être calme et souriant, c’était un recadrage très violent. »

 

Le calme « juste » n’est ni évitement ni refoulement. Comme il y a un bon et un mauvais cholestérol, il existe pour les nerveux, les agités et autres super actifs un bon et un mauvais calme. Le premier étant celui que l’on choisit et qui découle de nos besoins personnels ; le second, celui qui est imposé ou que l’on s’impose. Pour établir la distinction, Stéphanie Hahusseau conseille d’observer son état ordinaire de « non calme ». Pour les uns, c’est d’être sur tous les fronts ou ne jamais s’adonner au farniente ; pour les autres, c’est d’être tout le temps en mouvement ou en état de créativité, de simulation et d’anticipation de projets. Il s’agit ensuite de réfléchir à ce qui pourrait empêcher l’épuisement. « L’important est toujours d’opérer un retour à soi afin de trouver ce qui nous convient en termes de fréquence, de nature ou de durée. Il est stupide de s’imposer de méditer une demi-heure “parce qu’il le faut” si on préfère se balader ou prendre un bain. » Un conseil qu’Alice, 32 ans, aurait aimé entendre avant de se forcer à s’y exercer tous les soirs pendant plus d’un mois. « Rien n’y a fait, ni la musique relaxante ni les bougies parfumées, j’avais l’impression d’être un animal en cage. Tout le monde se marre quand je dis que la méditation me met les nerfs en pelote, mais c’est vrai ! »

Un chemin, pas un but

Si la quête de la sagesse et du détachement conduit parfois à des résultats à l’opposé de ce que l’on en attendait, c’est aussi parce que la spiritualité est trop souvent réduite à quelques outils et techniques pour atteindre le nirvana. « Dans les grandes traditions religieuses, tout cheminement intérieur passe par des phases d’inconfort et même d’angoisse, explique Jacques Arènes. Car il s’agit de se dépouiller d’habitudes, de conditionnements et de certitudes, et cela n’a rien de facile, de rapide et de confortable. Mais comme ce n’est pas ce qui nous est présenté, les gens s’angoissent, se comparent et se culpabilisent en pensant qu’ils sont nuls, qu’ils ne progressent pas. Sans parler de ceux qui, dans le déni, refusent ou refoulent un certain nombre de choses pour offrir une surface lisse les faisant paraître paisibles et tolérants, alors qu’ils sont rarement très sensibles ou empathiques. »

Mieux vaut donc assumer son tempérament et cesser de voir en la sérénité un idéal. « Ce devrait être un résultat et non un but, précise Anne-Marie Benoît. N’oublions pas que le calme, c’est aussi et surtout le calme psychique, l’état de quiétude et de plaisir mêlés que l’on ressent quand on est dans son désir, que l’on est en cohérence avec soi-même. » Pour le reste, les hyperactifs et les ultra physiques, les quêteurs de sens, les créatifs et les inquiets qui préfèrent le rester, et tous les allergiques aux diktats auront compris qu’un seul mantra leur convient : « Le calme, si je veux, quand je veux et comme je veux ! »

 

La méditation, ça bouscule !

À en croire sa notoriété, elle serait le remède à notre agitation interne comme au stress ambiant. Et si nous nous faisions des illusions ?

« Méditer ». Le mot fait fantasmer les grands angoissés. Pourtant, dans son livre Foutez-vous la paix !, Fabrice Midal, fondateur de l’École occidentale de méditation, les exhorte à « cesser de méditer » car cela ne sert à rien. Ou plutôt il s’agit d’un art, celui de se foutre la paix. « On ne médite que si on arrête de chercher à méditer », écrit-il. Ses conseils : « Asseyez-vous. Sur un coussin ou une chaise, peu importe, il n’existe pas de posture à prescrire ni à proscrire. […] J’ajouterais un conseil de bon sens : tenez-vous droit pour rester alerte, présent, disponible. » Et ? C’est tout. La méditation, sauf celle de pleine conscience (technique psychocorporelle antistress pratiquée dans un cadre thérapeutique), n’apporte ni calme ni détachement. « Ce n’est pas se détacher du monde ni se désincarner, mais s’ouvrir au monde à travers ses sens et, donc, son corps. »

Aucune méditation n’a pour but le calme ou la paix, précise Éric Rommeluère, auteur de S’asseoir tout simplement et des Bouddhas naissent dans le feu (Seuil), autre grande figure de cette pratique. « Elle est présentée dans les médias comme un moyen de se protéger de la brutalité du monde ou de ses démons intérieurs, ou de s’ancrer dans le présent. Mais méditer, c’est s’exposer, être secoué, bousculé de manière à sortir de nos conditionnements et changer en profondeur. » Il pointe le glissement sémantique « qui fait du mot “zen” un synonyme d’impassible, alors que c’est à l’opposé de cette notion. La maxime des maîtres zen “Les bouddhas naissent dans le feu” invite à s’engager dans le feu bouillonnant de la vie. » Cet engagement dans la voie du zen, ajoute-t-il, va de pair avec la remise en cause de son fonctionnement et de ses névroses. Mourir à soi-même pour renaître n’est pas un processus indolore.

 

EXTRAIT : “Aux tranquillisants, je préfère les intranquilles”

« Oui, sans doute y a-t-il des tempéraments plus ou moins voués à l’intranquillité. Et si vous êtes d’un naturel serein et posé, je ne voudrais en aucun cas introduire ce petit caillou dans vos âmes tranquilles. Quoique. Peut-être que je vous souhaite d’être un peu dérangés. Tout au moins, je vous souhaite le petit inconfort, la pointe d’impatience, le frémissement qu’il faut pour reprendre la route millénaire qui étire la pâte humaine et la révèle à elle-même. Car l’intranquillité nous voue à rejouer sans cesse, à créer, recréer. […] Oui, nous savons de tout temps que l’intranquillité est une donnée incontournable de nos vies, et nous cherchons pourtant des produits, des dieux, des mantras, des gadgets, des divertissements qui nous éloigneraient de cette contingence. Il m’arrive de me dire qu’il n’y a pas plus intranquille que celui qui s’occupe à fuir son intranquillité. Aux tranquillisants, je préfère les intranquilles. Dérangés, dérangeants, j’aime leur ride du lion qui est notre blason, notre signe de ralliement. J’aime leurs virevoltes, la météo changeante de leur visage, ce jeu de matriochkas qui, sous leur enveloppe charnelle, leur fait dissimuler une infinité d’inconnus. J’aime leur exigence, leur insatisfaction, ce revers de manche avec lequel ils balayent toute facilité qui tromperait leur vigilance. “La lucidité est la blessure la plus proche du soleil”, disait René Char, et les intranquilles acquiescent. »

Ce texte est tiré de L’Intranquillité de Marion Muller-Colard, théologienne et écrivaine (Bayard).

Rejoignez-moi sur Facebook !


en cliquant sur j'aime  ;-)

Abonnez-vous ici:

 

Commenter cet article