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Publié par Maître ZEN

 
Je ne supporte pas de rester seul

 

Pour certains, solitude est synonyme de sérénité et de maturité. Pour d’autres, de tristesse et d’abandon… D’où vient cette inégalité face à la capacité d’être seul ?

Catherine Marchi

Pourquoi ?

La capacité à rester seul se construit dans l’enfance. Comme le rappelle Daniel Bailly, psychiatre, l’angoisse de séparation liée à l’absence de la mère est une donnée normale dans le développement de l’enfant. Elle présente un pic entre 8 et 11 mois, puis s’estompe. Normalement, vers 18 mois, l’enfant comprend que sa mère, même s’il ne la voit pas, continue d’exister et qu’elle va revenir. En attendant son retour, il se console en pensant à elle. A condition qu’il ait pu nouer avec sa mère, « suffisamment bonne », une relation solide et sécurisante.

Selon les psychanalystes, ceux qui vivent mal la solitude ont souvent souffert de carences affectives précoces : soit par une séparation réelle d’avec la mère, vécue comme un traumatisme (voyage professionnel, hospitalisation) ; soit que cette mère ait été présente physiquement mais psychiquement absente, car prise dans des pensées dépressives ou anxieuses. Le fait de se retrouver seul ravive alors la douleur de l’absence maternelle initiale. Ces adultes ont besoin que l’amour des autres leur soit rappelé physiquement pour y croire. En cas de blues, ils ne peuvent faire appel aux images intérieures bienveillantes de leurs parents, de leurs amis. Ils n’ont pas intériorisé le fait rassurant que l’on peut compter l’un pour l’autre, même séparé par les kilomètres.
Une relation difficile à la solitude peut être aussi liée à une phobie. « On se situe alors dans un registre névrotique moins invalidant », souligne le psychiatre Patrice Huerre. La difficulté à se retrouver seul est le résultat visible d’une autre peur qui n’est pas reconnue comme telle : la peur du silence, de l’obscurité, et surtout la peur de soi-même, de se retrouver face à son monde intérieur ! L’autre devient un objet « contraphobique », qui rassure et permet de lutter contre l’angoisse, l’équivalent d’un « anxiolytique » en somme ! En sa présence, on évite de penser à ce qui nous fait peur, à nos désirs, nos craintes, nos fantasmes, etc.

Elle peut aussi être liée à des peurs objectives, à un traumatisme réel, même mineur (avoir été suivi par un inconnu dans un parking, harcelé au téléphone, importuné dans le métro, etc.). Une personne qui a été agressée aura peur que cela se reproduise et ne pourra rester seule. En conclusion, chacun supporte plus ou moins bien la solitude, et il nous arrive à tous de fuir le face-à-face avec nous-mêmes en s’étourdissant de monde.
L’important est de pouvoir alterner moments de solitude et moments de dépendance : c’est ce qui signe la maturité affective.

Que faire ?

A lire

L’Angoisse de séparation de Daniel Bailly. 
Une mise au point des aspects cliniques et épidémiologiques du trouble de l’angoisse de séparation (Masson, 1994).

 

Par Frédéric Fanget, psychothérapeute comportementaliste
Plonger dans son malaise
Prenez l’habitude de vous "observer" : analysez ce qui se passe, évaluez vos émotions et écrivez toutes les pensées négatives qui vous assaillent. Fuir le problème ne sert à rien. Mieux vaut rechercher dans son passé les situations de solitude qui ont provoqué tristesse et angoisse. Il s’agit de repérer l’empreinte émotionnelle, le schéma cognitif ancien qui se répète dans le présent.


S’habituer progressivement
Obligez-vous à rester seul dans votre appartement pour y pratiquer une activité qui vous plaît : écouter votre morceau de jazz préféré, téléphoner, chanter, peindre… La solitude sera ainsi associée à une émotion positive. Au début, quelques minutes de solitude suffisent. Il faut s’y habituer peu à peu, la phobie risque sinon de se renforcer. Réussir à faire face plusieurs heures sans être submergé par l’angoisse redonne confiance et optimisme. Vous n’aurez plus ensuite qu’à tester d’autres situations "délicates", comme aller au cinéma ou partir en vacances seul.

 

Couple : moi, avec et sans toi

Selon Serge Hefez, thérapeute du couple, les partenaires se choisissent implicitement sur leurs capacités d’autonomie et de fusion. En thérapie, on travaille d’abord sur le "programme officiel" explicite du couple. L’un porte la plainte : « Il ne s’occupe pas de moi, je suis toujours seule. » L’autre fuit : « Elle m’étouffe, j’ai besoin d’air. »

Quand on passe aux processus inconscients, on s’aperçoit que l’un autant que l’autre est dépendant affectivement. L’intérêt est d’introduire un changement dans la relation, de trouver la bonne distance, ni trop symbiotique ni trop large. Alors, l’autonomisation de l’autre n’est plus vécue comme un abandon mais comme un lien de meilleure qualité.

Témoignages

Elodie 40 ans, sans profession : “Il y a toujours quelqu’un à mes côtés”
« Je suis la cinquième fille d’une fratrie de six. A la maison, je partageais ma chambre avec deux de mes sœurs, l’intimité n’existait pas. Dans la salle de bains, l’une se maquillait, l’autre se douchait tandis que la troisième faisait pipi ! Je suis passée de chez mes parents à la vie de couple. J’ai quatre enfants et je garde deux bébés pour gagner ma vie. Il y a toujours quelqu’un à mes côtés. Les rares moments où je suis seule, j’ai peur d’avoir un malaise et que personne ne soit là pour me secourir. Je sursaute au moindre craquement. C’est tellement stressant que j’appelle ma mère, une voisine ou une amie au téléphone ! »

Virginie 26 ans, commerciale :“Si je n’ai rien de prévu le soir, c’est l’angoisse”
« Chaque soir, je prévois un resto, un ciné avec des amis. Si je n’ai aucun plan, c’est l’angoisse. Je reste au bureau jusqu’à ce que tout le monde soit parti, même si je n’ai rien à y faire. Je ne supporte pas de rentrer dans une maison vide. Premier réflexe : j’allume la télé. Je ne la regarde pas, mais ça fait une présence et je m’endors avec. J’ai l’estomac noué, je ne peux rien avaler, je marche de ma chambre au salon comme une âme en peine. »

François 32 ans, pharmacien : “Je déteste que Marie sorte sans moi, même une heure”
« Depuis que j’ai rencontré Marie, nous sommes inséparables. J’ai besoin de tenir sa main dans la mienne, de la regarder, d’entendre le son de sa voix. C’est stupide, mais je déteste qu’elle sorte sans moi, même une heure. J’ai l’impression qu’elle m’abandonne. Je ne fais rien, j’attends son retour. Heureusement, j’ai mon chien ! En fait, dès que je suis seul, j’ai l’impression de ne servir à rien, de ne pas être aimé, d’être nul, de ne pas exister ! »

 

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